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Filomée et la miraculeuse étoffe

Il y a bien longtemps, au plus fort de l’hiver, un jeune guerrier meurtri et transi de froid  fuyait les barbares. Il trouva refuge dans un étrange moulin sur les rives de l’Ill.

Hans y fut recueilli par une très belle inconnue à la chevelure éclatante, comme tressée de fils d’or, qui se nommait Filomée. L’intérieur du moulin resplendissait des couleurs d’innombrables étoffes aux motifs chatoyants et fascinants. Un atelier d’impression occupait le centre de la pièce, les machines étaient astucieusement alimentées par la force motrice des roues à aubes.

Pour réchauffer le jeune homme, Filomée se saisit d’une de ses plus splendides étoffes et le recouvrit. Soudain, le morceau de tissu s’illumina de mille feux et enveloppa totalement le corps du guerrier pour former un long manteau. Il se remit si vite sur pied qu’il eut l’impression de n’avoir jamais été blessé, comme si le passé avait été effacé. Cette sensation de chaleur, d’énergie et de réconfort lui rendit toutes ses forces. 

Et c’est ainsi qu’une grande et belle histoire d’amour débuta entre le jeune Hans et Filomée, la mystérieuse créatrice.

Le nouveau couple venait de faire une extraordinaire découverte. Les étoffes colorées de Filomée possédaient ce prodigieux pouvoir de guérir les maux et de faire oublier le mal lorsqu’elles étaient données avec amour et générosité. Ces bienfaits ne pouvaient rester confinés au moulin.

Lors de cet hiver plus glacial que jamais, Hans et Filomée décidèrent d’en faire profiter toutes les familles qui vivaient aux alentours. Mais cette tâche se révélait difficile, il fallait être plus nombreux pour fabriquer assez de tissus. Ils se mirent en quête de volontaires pour les rejoindre et partager le secret de la miraculeuse étoffe.

Quelque temps plus tard, le cercle des huit était constitué, huit comme le nombre d’aubes de la roue du moulin de Filomée.

Les initiés acceptaient de jurer fidélité au secret qui les liait, et de transmettre leurs savoirs à la personne de leur choix pour préserver et perpétuer la coutume. 

Parmi les illustres membres, le mage Dollfus, l’explorateur Kœchlin, le savant Schmalzer et le prince Feer rejoignirent leurs rangs tout comme le frère et la sœur Mieg. Chacun avait un rôle à jouer dans le partage du mystérieux tissu.

Hans et Filomée étaient en charge de le fabriquer. 

Le grand mage Dollfus découvrit une formule magique rendant les fils indestructibles. 

Kœchlin, l’aventurier explorateur, inspiré par ses voyages en Orient, en Asie et à travers le globe, imprimait des nuances colorées resplendissantes.

Schmalzer inventait de nouvelles machines fabuleuses, comme le moteur à vapeur, pour produire davantage et plus facilement le tissu tant attendu.

Feer se chargeait d’organiser la distribution au sein des foyers.

Quant aux Mieg, ils préparaient les festivités qui accompagnaient le partage de l’étoffe.

Tous travaillaient sans relâche jour et nuit. Après quelques semaines de dur labeur, tout était prêt. La population était en fête et le cercle des huit put offrir une étoffe magique à chaque habitant. Pour la première fois, l’hiver fut heureux et personne ne mourut de froid.

D’hiver en hiver, d’année en année, de génération en génération, leur savoir-faire s’affûta et la tradition se perpétua. Aujourd’hui encore, Mulhouse fête Noël autour de la légendaire étoffe. Des stylistes, décorateurs, créateurs, entrepreneurs, de tous horizons, y viennent s’inspirer et profiter de ses bienfaits de ses pouvoirs de créativité, d’imagination et d’innovation.

Si l’on n’entend plus parler du cercle des huit, certains disent pourtant qu’il existe toujours. Ce serait dans un atelier tenu secret qu’ils confectionneraient, pour Noël, des étoffes aux motifs toujours plus resplendissants, au toucher toujours plus doux, pour apporter bonheur et joie même dans les hivers les plus rudes. 

Et la légende continue. On dit même que le mage Dollfus aurait décelé un code caché pour lire l’avenir entre les mailles et les motifs du fameux tissu. Celui-ci aurait permis au cercle des huit de faire toutes ses extraordinaires découvertes. Aujourd’hui encore, il permettrait à Mulhouse d’offrir au monde des textiles toujours plus innovants, intelligents, vivants…